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Brian Banks
le 19/03/2008

Si on en croit le numéro d’avril 2007 de Fortune Magazine, le compositeur Brian Banks a écrit les thèmes et les musiques d’identification sonore de nombreuses sociétés du classement ‘Fortune 500’. Domaine d’activité : le monde entier. Deadline : la prochaine diffusion de campagne ! Brian Banks gère tout cela avec aisance, grâce à sa configuration d’enregistrement haut de gamme MOTU : séquenceur, instruments virtuels, enregistrement de sons acoustiques, d’orchestres symphoniques, sound design, et même montage voix…

Spécialiste du monde de la musique et des effets sonores pour la publicité – un univers extrêmement exigeant, où tout doit aller très vite –, Brian Banks parvient à proposer à ses clients tous les aspects relatifs à leurs besoins : musique, sound design, mixage et mastering. Même s’il dirige en direct une séance d’enregistrement d’orchestre à Los Angeles depuis son studio londonien, ce n’est qu’une activité parmi d’autres dans la journée, pour des méga-clients comme Microsoft, Morgan Stanley et Motorola.

Dans cette interview, Brian explique comment il utilise tout son matériel MOTU, et nous dévoile quelques aspects spécifiques de sa façon de travailler.

Brian a été récemment l’invité de l’émission Today Show sur la chaîne de télévision américaine NBC.

MOTU : Brian, merci d’avoir pris le temps de nous accorder cette interview.

BB : Je suis très content d’être avec vous !

MOTU : Comment a démarré votre activité actuelle, Ear to Ear ?

BB : Après avoir écrit des B.O. de films pour le cinéma, pour la télévision, de la musique pour la publicité ou des parcs thématiques, j’ai décidé de me spécialiser vraiment dans un domaine en particulier : le marché de la pub. À l’inverse des autres secteurs dans lesquels je travaillais aussi, les spots me donnaient l’opportunité non seulement de composer, mais aussi de faire du sound design, et même de travailler sur les voix. J’ai toujours été sensible aux mélanges et aux juxtapositions des musiques, des vois et des effets sonores. J’ai adoré pouvoir m’impliquer dans tous les aspects de, ce qu’au final, le public entend.

« Ces dernières années, j’ai enregistré exclusivement sur disque dur, via Digital Performer et MAS. Je peux enregistrer facilement n’importe quoi, s’une section rythmique à un orchestre complet, et tout reste calé avec la séquence. Ensuite, je mets ma musique sur mon site FTP, et le client la télécharge. C’est vraiment agréable de produire sur cette plate-forme : elle est facile à utiliser, portable, fiable, sonne bien, et me permet de collaborer facilement avec d’autres musiciens, où qu’ils soient dans le monde… ».

MOTU : Pouvez-vous nous décrire brièvement votre configuration actuelle ?

BB : En fait, j’ai de moins en moins de choses ! Je possède deux systèmes principaux : un pour composer, dans mon home studio, et un orienté production, dans mes studios d’enregistrement.

Dans les deux, j’ai Digital Performer 5 qui tourne sur un Mac G5 double processeur, 2 x 2 GHz, avec environ 10 Go de RAM. J’ai plein d’instruments virtuels, comme Stylus RMX, Virus et V-Station qui tournent sur une plate-forme t.c. electronic PowerCore FireWire, un Roland XV-5080, deux GigaStudios, MachFive, MX4, Culture, Trilogy, Ivory, Pro-53, BFD, Majestic, et RA. Chez moi, j’utilise une 828MkII et une MIDI Express 128. Au studio, je travaille sur un système Core HD192 avec une extension d’entrée/sortie 2408mk3 et deux extensions d’entrées/sorties 24io. J’enregistre beaucoup de sons acoustiques en direct, j’ai donc besoin de beaucoup d’entrées et d’un débit numérique important – au-dessus des possibilités du FireWire. Je possède également une console de mixage analogique D&R Orion, un Yamaha C7, un vieux piano droit Steinway de 1901 et une batterie Sonor dans mon grand studio. Avant, j’avais des racks remplis de synthés ! J’ai commencé sur les ARP 2600 et 2500, puis les plus petits, non modulaires : Odyssey, Prophet-5, DS80, et même le Minimoog… Puis je suis passé au Synclavier II. Tout ça a disparu de nos jours. Mais j’utilise toujours mon Oberheim Expander et mon Roland SuperJupite. Je dois admettre que j’adore pouvoir rappeler un projet, avec tous les instruments virtuels qu’il utilise, et retrouver tous les synthés et samplers exactement comme je les ai laissés.

MOTU : Quels sont les projets que vous avez terminés récemment avec ce système ?

BB : Je viens de terminer la campagne de lancement de Microsoft Vista, une série de spots pour Morgan Stanley.

Je travaille sur la campagne IBM depuis 11 ou 12 ans, il y a toujours quelque chose à faire pour eux. Je travaille aussi beaucoup pour Mattel. Pendant que nous discutons, je leur envoie une série de 19 spots !

« J’enregistre beaucoup de sons acoustiques en direct, j’ai donc besoin de beaucoup d’entrées et d’un débit numérique important... »

MOTU : Quelle est votre méthode de travail sur vos projets ? Comment Digital Performer s’intègre-t-il dans la façon dont vous composez et enregistrez vos musiques pour les publicités télé ?

BB : Je crois que par rapport à la plupart des gens, ma façon de travailler est assez personnelle. Je vais vous expliquer !

Dans le monde de la pub, tout va extrêmement vite – bien plus vite qu’au cinéma ou à la télévision. Et la musique est le dernier élément finalisé – ou même commencé, la plupart du temps. Généralement, quand on m’appelle pour me proposer quelque chose, le film est en cours de tournage, ou il va entrer en tournage. Nous discutons de ce que souhaitent les créatifs (rédacteur, directeur artistique, producteur de l’agence…) en termes de style musical, d’âge du public cible, et, bien sûr, du budget. On peut aussi parler branding et stratégie. Puis, au moment où ils commencent à faire des premiers montages bruts issus du tournage, je commence à composer. Je présente ensuite mes démos, et je les modifie à mesure que le montage avance, que l’image se rapproche du définitif et donc que tout le monde peut voir comment la musique « passe ».

Vous savez, la plupart du temps, la musique que vous entendez sur un spot N’EST PAS celle qu’on croyait vouloir au début. La musique conditionne les émotions du public, d’une manière dont l’image est incapable. Très souvent, on trouve le spot un peu lent, ou trop rapide, ou que l’acteur principal n’est pas assez gentil, ou pas assez nerveux… Dans ce cas, mon rôle consiste à créer une sorte de « maquillage musical », de façon à finaliser le contenu émotionnel du spot. Tout cela peut prendre pas mal de temps : d’une petite semaine à trois voire quatre semaines. Tout projet plus court ou plus long peut être considéré comme exceptionnel.

Je commence par charger la séquence QuickTime dans un nouveau projet, puis je commence à composer. J’écris tout à l’image, dans Digital Performer. Si j’ai besoin d’un autre musicien ou d’un chanteur pour aller au bout de mes idées de base, j’enregistre également une démo avec eux. Je mixe tout dans la boîte, et j’envoie des MP3, pour validation. Parfois, je livre une séquence QuickTime, mais la plupart du temps, le montage image évolue si rapidement que le monteur son ne désire que la musique. Donc, après avoir travaillé ma démo dans Digital Performer 5 et avoir reçu toutes les validations nécessaires, je passe au définitif. À ce stade, il faut enregistrer des sons en direct et mixer. Les synthés et les samplers suffisent pour pas mal de choses, mais il n’y a rien de mieux que l’original ! Mon studio peut accueillir un orchestre à cordes de 40 musiciens, ou une vraie section rythmique où tout le monde joue en direct… La partie « studio », réservée à l’enregistrement, sonne vraiment bien. Pour une rythmique, j’appelle bien sûr de vrais musiciens, mais le plus souvent, je garde mes parties de basse. Je suis assez atypique dans mes lignes de basse, dans leur mouvement, et le plus souvent, un Trilogy ou Majestic, allié au Guitar Rig Native Instruments, me donne ce que je veux. Dans le cas d’un orchestre, je convoque autant de musiciens que me le permet le budget, je garde le reste dans GigaStudio. Je garde presque toujours les percussions orchestrales dans "Plastic".

« Dans le monde de la pub, tout va extrêmement vite – bien plus vite qu’au cinéma ou à la télévision. Et la musique est le dernier élément finalisé – ou même commencé, la plupart du temps ».

MOTU : Donc vous vous trouvez à Londres tout en supervisant les séances d’enregistrement à Los Angeles ?

BB : Je partage mon temps entre la campagne de l’Ouest de l’Angleterre et Los Angeles… Et, oui, je produis les séances à Los Angeles, depuis le Royaume-Uni, grâce à Internet, de façon régulière.

MOTU : Quels sont les éventuels problèmes dus à cette façon de travailler ? Dans quelle mesure vos clients sont-ils concernés ?

BB : Ça fait plus de cinq ans que je travaille comme ça. Je configure l’équivalent d’une liaison broadcast privée sur Internet, entre mon domicile en Angleterre et mon studio à Los Angeles, assurant une excellente qualité audio, et tout est verrouillé sur la vidéo. Sur un autre ordinateur, je lance une visioconférence via iChat, avec les ordinateurs de mon studio à Los Angeles : un dans la cabine, et souvent un dans le studio lui-même, pour pouvoir parler au chef d’orchestre, au chanteur, aux musiciens. Tout est renvoyé dans les casques, je peux parler à tout le monde. C’est un peu comme si je me trouvais de l’autre côté de la vitre… mais à plus de 15 000 km de là. Si les clients sont présents lors de l’enregistrement , ils adorent, c’est une expérience quasiment surréaliste ! Mais la plupart du temps, il n’y a que moi, mon ingénieur du son et les musiciens.

« Je commence par charger la séquence QuickTime dans un nouveau projet, puis je commence à composer. J’écris tout à l’image, dans Digital Performer. Si j’ai besoin d’un autre musicien ou d’un chanteur pour aller au bout de mes idées de base, j’enregistre également une démo avec eux. Je mixe tout dans la boîte, et j’envoie des MP3 pour validation ».

MOTU : Quels sont les aspects que vous préférez dans Digital Performer ?

BB : J’apprécie beaucoup sa facilité d’utilisation, et la logique (sans jeu de mot !) de la disposition à l’écran. J’ai toujours trouvé Digital Performer facile à comprendre. Parmi mes fonctions préférées, il y a sans conteste QuickScribe. Je n’utilise presque que ça pour éditer les données MIDI. Si QuickScribe ne suffit pas, alors je vais dans l’Event List. J’utilise les diverses fonctions de cartes de tempo en permanence. Comme le montage image change sans arrêt au fil de la production audio, je dois ajuster en permanence mes timings. J’ai aussi créé un certain nombre de Macros dans la fenêtre Commands, qui me sont très utiles. La facilité de personnalisation de Digital Performer me plaît vraiment. Et comme je travaille, à un instant donné, sur un grand nombre de petits projets, très variés, la vraie souplesse du logiciel est vraiment inestimable pour moi.

MOTU : Parlez-nous un peu de votre côté pionnier dans le domaine de l’enregistrement sur ordinateur et du sampling. Avez-vous travaillé pour New England Digital à un moment donné ? Comment avez-vous évolué jusqu’à votre configuration MOTU actuelle ? Comment comparer les deux systèmes ?

BB : Je n’ai jamais travaillé pour NED à proprement parler, mais j’ai été consultant pour eux, pendant des années. J’ai commencé à travailler sur leur vieux synthétiseur FM, le Synclavier II. Au début, il n’y avait même pas d’écran d’ordinateur dessus ! Ce n’est que par la suite que la partie « sampler » est sortie, comme option. Elle travaillait en mono, à une résolution numérique de 16 bits et à une fréquence d’échantillonnage de 50 kHz. Pour obtenir des parties polyphoniques, il fallait d’abord créer un son FM « pour rien », pour le remplacer ultérieurement par le sample. Comme la partie FM était polyphonique, on jouait les parties avec ce son. Puis on passait en mode "Dump", transfert. Lors de chaque passe de transfert sur bande multipiste, le séquenceur du Synclavier se souvenait des notes qu’il avait jouées lors des précédentes passes d’enregistrement, et les laissait tomber, ne gardant que celles qui restaient à jouer. Au bout d’un certain nombre de passes, vous aviez votre séquence polyphonique, enregistrée sur plusieurs pistes du magnétophone, qu’il fallait mixer en stéréo. Fastidieux, mais efficace. Par la suite, le sampler est devenu polyphonique, ce qui facilitait beaucoup les choses. Et depuis, le sampling a encore beaucoup progressé !

« Je configure l’équivalent d’une liaison broadcast privée sur Internet, entre mon domicile en Angleterre et mon studio à Los Angeles, assurant une excellente qualité audio, et tout est verrouillé sur la vidéo… C’est un peu comme si je me trouvais de l’autre côté de la vitre… mais à plus de 15 000 km de là ! Si les clients sont présents lors de l’enregistrement, ils adorent, c’est une situation quasiment surréaliste… ».

Je suis resté fidèle au Synclavier jusqu’en 1999 ou 2000. Il possédait une musicalité intrinsèque, qui me manque encore aujourd’hui. Le clavier était solide (le mien était en acajou !), le panneau de 128 touches était VRAIMENT agréable sous les doigts, sans même parler de cette grosse molette argentée… C’était un vrai INSTRUMENT. Quand ils ont sorti, par la suite, leur section "SampleToDisk" – leur enregistreur multipiste numérique original – ils ont défriché le chemin que tout le monde utilise aujourd’hui. Hélas, la société s’est perdue en route, et a fini par disparaître, mais même figée, leur technologie était encore assez valable pour me faire rester fidèle à cette plate-forme pendant de nombreuses années encore. Mais au final, j’ai dû trouver autre chose. Digital Performer m’a permis de collaborer avec d’autres compositeurs et musiciens qui étaient, eux, déjà passés à différents logiciels basés sur Mac. Le graphisme des pages de Digital Performer était plus agréable à l’œil, et le logiciel faisait tout ce dont j’avais besoin côté MIDI. Au début, j’enregistrais encore sur des cassettes DA-88, et je me servais du clavier de mon Synclavier comme contrôleur MIDI. J’ai aussi utilisé la synthèse FM du Synclavier II, et son sampler polyphonique, puisque je pouvais le synchroniser à DP via MIDI. Je n’ai renoncé à tout cela que voici six mois environ : les appareils devenaient trop vieux et posaient des problèmes de fiabilité.

Ces dernières années, j’ai enregistré exclusivement sur disque dur, via DP et MAS. Je peux enregistrer facilement n’importe quoi, d’une section rythmique à un orchestre complet, tout reste calé dans la séquence. Ensuite, je mets ma musique sur mon site FTP, et le client la télécharge. C’est vraiment agréable de produire sur cette plate-forme : elle est facile à utiliser, portable, fiable, sonne bien, et me permet de collaborer facilement avec d’autres musiciens, où qu’ils soient dans le monde… Pas mal !

MOTU : Merci encore, Brian !

Pour plus d’informations (en anglais !) sur Brian Banks et ses services, visitez son site Web, www.eartoear.com



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